Dans SAP RE-FX, deux dates se ressemblent, portent des noms proches, et n’ont pas du tout le même effet sur la valorisation IFRS 16. Les confondre, c’est risquer un passif locatif sous-évalué, un amortissement incorrect, et une note aux états financiers qui ne reflète pas la réalité économique du bail.
Deux dates, deux philosophies
La Probable End représente la durée que vous estimez raisonnablement certaine pour le bail. Elle intègre les options de renouvellement dont l’exercice est jugé probable, même si elles ne sont pas contractuellement obligatoires. C’est un jugement comptable, révisable, qui doit refléter l’intention réelle de l’entreprise.
L’Absolute End est la date au-delà de laquelle le contrat ne peut plus exister. C’est une limite technique et juridique. Dans SAP RE-FX, dès que cette date est atteinte, la valorisation s’arrête définitivement – pas de recalcul possible, pas de time slot ultérieur.
| Date | Nature | Ce qu’elle pilote dans SAP | Modifiable ? |
|---|---|---|---|
| Probable End | Jugement comptable | Calcul de la VAN – étendue des flux actualisés, valeur du passif locatif et du droit d’usage | Oui, via un nouveau time slot à chaque événement significatif |
| Absolute End | Limite technique et juridique | Frontière infranchissable de la valorisation – aussi utilisée par SAP lors d’une résiliation anticipée | Seulement en cas de résiliation anticipée ou de fin contractuelle définitive |
Ce que le système fait avec chaque date
La Probable End pilote le calcul de la valeur actuelle nette. C’est elle qui détermine l’étendue des flux de loyers actualisés, donc la valeur du passif locatif et du droit d’usage à l’initialisation. Si vous inscrivez une Probable End trop courte – par exemple en ignorant des options de renouvellement probables – votre passif est sous-évalué dès le premier jour.
L’Absolute End pilote la limite technique de la valorisation. SAP l’utilise comme frontière infranchissable. C’est aussi la date que le système impose lors d’une résiliation anticipée – et c’est là que la confusion crée les erreurs les plus coûteuses.
Le piège de la résiliation anticipée
Quand un bail est résilié avant son terme, le réflexe naturel est de modifier la Probable End pour la ramener à la date de résiliation.
C’est une erreur. La SAP Note 2662137 est explicite : pour une résiliation anticipée, seule l’Absolute End doit être utilisée. La Probable End ne déclenche pas la fin absolue de la valorisation dans SAP. Le système continue de calculer des cash flows au-delà de la date de résiliation, génère des écritures qui ne devraient pas exister, et laisse un solde résiduel sur le passif locatif et le RoU – qui ne se soldera jamais automatiquement.
Le résultat concret : un passif locatif qui continue de figurer au bilan après la fin effective du bail, avec des charges d’intérêt fictives postées chaque mois, jusqu’à ce que quelqu’un identifie l’anomalie – parfois plusieurs clôtures plus tard.
La séquence correcte en cas de résiliation :
- Fixer l’Absolute End à la date effective de résiliation.
- Créer un nouveau time slot avec un Start of Consideration au lendemain de la résiliation.
- Régénérer le cash flow. Sauter une étape, c’est laisser des écritures fantômes dans le système.
Un deuxième piège : la validité des objets assignés
Moins connu, mais tout aussi impactant. Chaque contrat IFRS 16 dans SAP RE-FX est lié à un objet de valorisation – un centre de coût, un objet immobilier, un order. Cet objet a sa propre date de fin de validité.
Si la validité de l’objet expire avant l’Absolute End du contrat, SAP fixe automatiquement la fin absolue de la valorisation à la date d’expiration de l’objet – pas à celle du contrat.
Des modifications d’objets CO apparemment anodines – fermeture d’un centre de coût, réorganisation d’une entité – peuvent tronquer silencieusement la valorisation d’un bail sans aucune alerte dans SAP. Le passif locatif cesse d’être mis à jour, l’amortissement s’arrête, et personne ne s’en aperçoit jusqu’à la réconciliation trimestrielle.
La règle de base : ne jamais assigner un objet dont la date de fin est antérieure à l’Absolute End du bail.
Trois réflexes pour les équipes SAP RE-FX
- La Probable End se révise. À chaque événement significatif – renouvellement probable, changement d’intention – elle doit être mise à jour via un nouveau time slot. C’est un acte comptable, pas technique.
- L’Absolute End ne se modifie que dans deux cas : résiliation anticipée ou fin contractuelle définitive. En dehors de ces cas, y toucher revient à casser la valorisation.
- En cas de résiliation, l’ordre est impératif : Absolute End à la date effective → nouveau time slot avec Start of Consideration au lendemain → régénération du cash flow. Sauter une étape, c’est laisser des écritures fantômes dans le système.
L’IFRS 16 est une norme de jugement. SAP RE-FX est un système de règles. La Probable End appartient au monde du jugement. L’Absolute End appartient au monde des règles. Comprendre cette frontière permet d’éviter la majorité des anomalies de valorisation que l’on retrouve en production.
Référence technique : SAP Note 2662137, questions 1 et 22.

